dimanche 26 août 2012

SOCIOLOGIE: L'androgyne

L’Androgyne : une figure archétypale de notre civilisation renaissante




La réalité est binaire et modélise notre manière de penser 

          Françoise Héritier, de par ses recherches1, nous a expliqué comment notre appréhension du monde est basée sur la différence des genres et la cyclicité des contraires et en quoi cela a conditionné notre mode de pensée. Ainsi, depuis l’origine du monde, lorsque l’homme observe son environnement, il est face à la dichotomie magistralement incarnée par la différence des sexes et renforcée par nombre d’autres dyades qui s’opposent telles que le jour et la nuit, le froid et le chaud, le cru et le cuit, etc. Ce qui l’amène à classifier ce qui l’entoure, éléments naturels, animaux et humains en deux grandes catégories, ce qui est différent de lui et ce qui est identique. Ceci conditionne alors sa manière de penser sous la forme du raisonnement binaire et c’est ce qui conduit alors à l’intolérance. Car le fait que tout ce qui est différent peut revêtir des dangers, apparaît comme menaçant et l’homme est alors amené à le rejeter.

          La modalité du même ou du différent dichotomise, sépare et incite davantage à la lutte et à l’exclusion, à l’intolérance qu’à la capacité de concevoir l’unité des contraires.
Ainsi Françoise Héritier, en mettant en avant ce premier invariant anthropologique fondamental, démontre que cette modalité de pensée binaire est ancrée dans notre patrimoine culturel depuis des milliers d’années et que les principes d’opposition, de combat et de lutte contre l’étranger envahisseur est une habitude, originellement liée à la survie, mais qui connaît des survivances aujourd’hui particulièrement néfastes au rapport de l’altérité.
Nous sommes loin, en Occident en tous cas, de nous situer dans un contexte de survie, en tous cas pour la majorité d’entre nous, et pourtant nous manifestons toujours la même aversion pour autrui. Nous remarquons d’ailleurs que plus les époques sont difficiles économiquement et socialement et plus l’intolérance à l’égard de « l’étranger » grandit.

          Ainsi, malgré l’amélioration significative des conditions de vie, éloignant les problématiques de survie, nos comportements agressifs subsistent faisant de l’autre, un étranger et un danger.
Les radicalismes successifs qui ont conduit à toutes les barbaries de l’histoire ne semblent pas suffire à nous éclairer pour agir différemment.
C’est alors l’une des multiples causes qui explique que le paradigme moderne, reposant sur le progrès technique et avec lui l’avènement du confort, de la consommation et de la destruction massive des autres hommes, soit saturé. Car il n’a pas su répondre à sa promesse initiale, à savoir, apporter le bonheur à tous et ceci en respect des principes humanistes de ses inspirateurs des Lumières.


Photomontage : Lana ShaÏ


Le changement de paradigme annoncé 

          Aujourd’hui nombreux sont ceux (Baudrillard, Maffesoli, Morin. Jacquard, Serres…) qui constatent la réalité d’un changement majeur de paradigme pour nos sociétés occidentales et dont l’une des caractéristiques principales repose sur la capacité à concilier les paradoxes (Michel Cassé, Emmanuel Caron, Etienne Klein) et à embrasser une réalité toujours plus complexe et systémique. Que ce soit en physique, en sociologie ou en psychologie, toutes les sciences de la matière et les sciences humaines en apportent les preuves. Les évolutions de la science conduisent inexorablement la société à devoir modifier ses représentations, sa manière de penser, d’appréhender tant la réalité que l’altérité. En fait, l’apport d’Einstein a principalement consisté à reléguer encore davantage notre besoin viscéral d’ethnocentrisme. 

          Ce qui a coûté réputation et vie à Galilée et Copernic lorsqu’ils ont pu « prétendre » que la terre n’était plus le centre du monde, Einstein avec sa théorie de la relativité, éloigne encore davantage la possibilité que nous puissions être importants dans l’univers. Nous sommes probablement une infime partie d’un minuscule morceau de galaxie noyé au centre d’un univers aux multiples espaces et dimensions temporelles.
Si donc sa théorie a eu un impact sur la position de la terre dans l’univers, qu’en est-il alors de celle de l’homme ? Notre finitude et notre relativité deviennent alors criantes et ont un impact direct sur la question de la place que nous occupons au centre de l’univers. Nous sommes de moins en moins le centre du monde et donc nous devons alors travailler à l’échelle de l’humanité toute entière au sens de notre existence. Il n’est alors pas étonnant que ce questionnement existentiel et fondamental ait un impact sur tous les pans de notre vie.

Marylin Manson, plasticien, écrivain et rocker ...
 
           Ainsi, la pensée binaire ne permet plus de comprendre et de gérer la complexité de la réalité. Et l’on peut comprendre pourquoi notre société chancelle car ses principes structurants bougent et nous sommes démunis pour concevoir son évolution. Ce qui se traduit par toutes les crises des structures fondamentales que connaît notre société principalement depuis le milieu du siècle dernier. Les remises en cause portent sur le patriarcat, le masculin et l’autorité, la remise en cause des rôles sexuels et sociaux des hommes et des femmes, l’écroulement de la structure familiale classique avec les familles monoparentales ou recomposées, les mariages de couples homosexuels, les adoptions par des homosexuels d’enfant, la crise du mariage, etc. Il en est de même aussi pour l’Eglise catholique qui n’est plus un modèle structurant pour la société. Pour autant, nous ne rentrerons pas dans notre démonstration sur les causes, nombreuses, de la faillite de l’église, nous la citons simplement à titre d’exemple.

          On peut alors mieux comprendre en quoi ce changement de paradigme est l’occasion d’inquiétudes et de frictions. Celles-ci se traduisent par toutes sortes de violences ébranlant le corps social dans son entier et reflètent la transition et l’incapacité de la société à donner structures et sens pour en sortir. Car l’ancien paradigme, celui de la modernité, résiste tant qu’il peut à sa propre décadence et le nouveau n’est aujourd’hui qu’en émergence. La post-modernité2 incarne alors cet entre-deux, par une consumation effervescente et fusionnelle où la vie est en train de se renouveler sur les cendres d’une société gémissante. Il n’est qu’à voir le nombre d’ouvrages qui rendent compte de « la mort de ceci », de « la fin de cela » ou encore « d’une France qui tombe » et d’une société qui part en lambeaux. Ceci créant un climat délétère de sinistrose et de morbidité propre à l’inertie, au désespoir et à la fatigue d’être soi.



 Extrait: Christine Marsan, «L’Androgyne : une figure archétypale de notre civilisation renaissante», Les Cahiers de Psychologie politique - numéro 7, Juillet 2005 -


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